Un lecteur m’a écrit en juin. Sa mère a soixante-dix-neuf ans, elle a rendu son permis toute seule un matin de printemps, et elle veut continuer à descendre au marché le mercredi. Il avait repéré une sans-permis d’occasion à 7 500 € et il me demandait si c’était cher payé. La question était la bonne. La façon de la poser, non.
Une voiture sans permis neuve démarre autour de 11 000 € et dépasse 20 000 € en électrique, d’après les tarifs publics des constructeurs relevés en septembre 2026. Pour un engin bridé à 45 km/h, c’est le prix d’une citadine thermique correcte. Mais ce chèque-là, tu ne le signes qu’une fois. Ce qui décide, c’est ce qu’il t’en restera à la revente et ce que les douze mois te prennent entre-temps. Sur ces deux points, la sans-permis ne ressemble à aucune de celles qui sont passées sur mon pont.
11 500 €le premier prix en neuf, tarifs publics de septembre 2026
6 000 €ce que vaut encore une sans-permis de dix ans
5 000 kmce qu'elle roule dans l'année, en moyenne
Le neuf commence à 11 000 € et l’électrique dépasse 20 000 €
| Marque | Du premier prix au haut de gamme |
|---|---|
| Aixam | 11 500 € à 19 500 € |
| Ligier et Microcar | 12 500 € à 16 000 € |
| Chatenet | 13 600 € à 15 900 € |
| Casalini | 13 200 € à 15 250 € |
| Bellier | 13 900 € à 20 700 € |
| Toutes marques, en électrique | 17 000 € à 25 000 € |
Fourchettes des tarifs publics par marque, relevées en septembre 2026, hors options et hors frais de mise à la route.
Ce tarif surprend tout le monde. La marge du vendeur n’y est pour rien.
D’abord la série. Les constructeurs de sans-permis sortent quelques dizaines de milliers de véhicules par an quand un généraliste en produit des millions. Un outillage d’emboutissage coûte le même prix qu’on fasse 10 000 exemplaires ou 2 millions ; sur 10 000, chaque voiture en porte deux cents fois plus.
Ensuite le cadre légal. Une sans-permis est un quadricycle léger : 425 kg à vide au maximum, 6 kW, 45 km/h, deux places, moteur thermique de 50 cm³ au plus, et le permis AM obligatoire pour toute personne née à partir de 1988. L’administration détaille les catégories et les âges sur une page vérifiée en avril 2025. 6 kW, c’est 8 chevaux. Aucun moteur de grande série ne descend là. Il faut donc aller chercher un bicylindre diesel industriel d’environ 500 cm³, un Lombardini ou un Kubota, produit lui aussi en petite quantité.
Le réseau fait le reste. On n’achète pas ça dans n’importe quelle concession : quelques points de vente par département, souvent un seul par marque, et personne pour casser les prix d’en face.
Mon avis, sans détour. Le neuf ne se défend que pour quelqu’un qui veut la garantie et qui ne veut rien avoir à décider pendant quatre ans. C’est un vrai besoin, et il se paie 2 000 à 3 000 € par rapport à une occasion de trois ou quatre ans, aux prix de septembre 2026.
L’occasion décote lentement, et c’est une mauvaise nouvelle
Sur les annonces relevées en septembre 2026, une Aixam Minauto de 2015 affichant 43 000 km demande 6 500 €. Une Microcar M.Go de la même année, 41 000 km au compteur, en demande 6 000 €. Une 2021 à 27 000 km tourne autour de 10 000 €, et la moyenne des Minauto en vente se situe à 9 000 €.
Traduis ça. Une Clio de dix ans a laissé les deux tiers de son prix d’origine derrière elle. Une sans-permis de dix ans en a gardé la moitié.
| Âge du véhicule | Compteur courant | Prix demandé | Part du prix neuf |
|---|---|---|---|
| Moins de 3 ans | 5 000 à 20 000 km | 8 500 à 11 000 € | 75 à 95 % |
| 4 à 6 ans | 20 000 à 30 000 km | 7 500 à 10 000 € | 65 à 85 % |
| 7 à 11 ans | 30 000 à 45 000 km | 6 000 à 8 000 € | 50 à 70 % |
| 12 ans et plus | au-delà de 45 000 km | 3 500 à 6 000 € | sous 50 % |
Relevé sur les annonces d’Aixam et de Microcar diesel publiées en septembre 2026.
L’explication tient en une phrase : l’acheteur d’une voiturette n’a pas le choix. Il n’existe rien d’autre à quatre roues, à l’abri de la pluie, qui se conduise sans permis B. Un marché captif tient ses prix.
À la revente, ça joue pour toi. Sur une garde de cinq ans, c’est de loin le meilleur poste du calcul : tu récupères une part de ton argent qu’aucune citadine ne te rendrait, et c’est ce qui rend le crédit sur ces engins moins absurde qu’il n’en a l’air.
À l’achat, ça se paie cher. Une sans-permis roule 5 000 km par an en moyenne, et les ennuis sérieux commencent entre 80 000 et 100 000 km ; celles que j’ai vues arriver sur un plateau étaient toutes dans cette zone. Une 2015 à 43 000 km n’est donc pas une voiture qui a peu servi. C’est une voiture à la moitié de sa vie, vendue au tarif d’une jeune.
D’où la seule chose à regarder avant le prix : le compteur, rapporté à l’année. Cinq mille kilomètres par an, c’est la norme. Une 2018 qui en affiche 60 000 a servi de vraie voiture à quelqu’un qui faisait 20 km par jour matin et soir, et elle est plus près de la fin que du début. Le reste des règles vaut ici comme ailleurs, je les ai posées dans l’achat d’une occasion.
À l’usage, compte 1 200 à 1 500 € par an, décote non comprise
| Poste | Sur douze mois | D’où sort le montant |
|---|---|---|
| Assurance | 300 à 1 100 € | tarifs affichés par les assureurs en 2026 |
| Gazole, pour 5 000 km | 360 € | 3,25 L/100 km au prix moyen national de septembre 2026 |
| Vidange, filtres, courroie de variateur | 250 à 400 € | kit d’entretien et main-d’œuvre, tarifs 2026 |
| Contrôle technique, lissé sur l’année | 20 à 30 € | 59 à 95 € tous les trois ans, tarifs 2026 |
| Pneus, jeu amorti sur six ans | 40 à 60 € | quatre pneus de petite taille, tarifs 2026 |
| Batterie, amortie sur quatre ans | 25 à 40 € | batterie de démarrage, tarifs 2026 |
| Total, assurance prise à 500 € | 1 200 à 1 500 € | hors décote et hors réparation |
Le carburant est le poste le plus doux du lot. 3 à 3,5 L/100 km, un réservoir de 16 litres qui te fait plus de 400 km. Au gazole à 2,23 € le litre, prix moyen national relevé début septembre 2026, 5 000 km coûtent moins de 400 € dans l’année. Une citadine essence au même kilométrage brûle deux fois plus de litres.
L’assurance décide de tout le reste, et les tarifs affichés par les assureurs en 2026 s’échelonnent de 300 à plus de 1 100 € par an. Cet écart n’est pas du hasard, il vient du profil. Une personne âgée sans antécédent, qui fait 10 km par semaine, paie le bas de la fourchette. Quelqu’un qui roule en sans-permis parce qu’il a perdu son permis paie le haut, et parfois davantage. Les assureurs connaissent parfaitement la différence entre ces deux clients. Demande ton devis avant de signer chez le vendeur, jamais après.
Le contrôle technique est arrivé sur ces véhicules en avril 2024, en application du décret du 9 août 2021 modifié en octobre 2023. Premier passage avant le cinquième anniversaire, puis tous les trois ans, entre 59 et 95 € selon le centre, avec une moyenne relevée à 85 € chez un grand réseau de contrôle en 2024. Lissé sur l’année, ça pèse une vingtaine d’euros. Ce qui pèse, c’est ce qu’il fait ressortir : sur des voitures que personne ne regardait jusque-là, la première visite tombe souvent avec une liste. Ce que j’écris sur la préparation au contrôle vaut ici aussi.
Restent deux postes que les propriétaires oublient. Les pneus d’abord. Ils sont petits et peu chers, mais à 5 000 km par an la gomme durcit longtemps avant que la sculpture s’use : on les change sur la date de fabrication, pas sur l’épaisseur. La batterie ensuite, qui prend cher sur ces autos parce qu’elles dorment beaucoup et roulent court. J’ai détaillé ce que ça fait à un véhicule dans ce qui lâche quand une voiture reste à l’arrêt.
Pose ton cas dans les quatre cases et regarde ce que ça donne au mois et au kilomètre, revente comprise.
La courbe de revente suit les annonces de septembre 2026 : une perte d’environ un dixième de la valeur au-dessus d’un plancher de 4 500 €, chaque année. Au-delà de 90 000 km au compteur final, elle ne veut plus rien dire, et le calculateur te le signale.
Ce qui casse sur une sans-permis, et ce qui ne casse pas
Le moteur ne casse pas. Un bicylindre diesel de 500 cm³ qui sort 8 chevaux à bas régime, dérivé de mécaniques de motoculture et de groupes électrogènes, c’est du matériel prévu pour tourner des milliers d’heures. Quand ces voitures finissent leur carrière, ce n’est presque jamais le moteur qui les y a menées.
Ce qui casse est autour.
La courroie de variateur en premier. Il n’y a pas de boîte de vitesses là-dedans : deux poulies qui s’ouvrent et se ferment, une courroie large entre les deux, et c’est elle qui encaisse tout. Elle chauffe, elle s’effiloche par les bords, elle finit par lâcher. Elle se remplace en entretien programmé, pas en panne : les kits du commerce l’associent aux filtres et à l’huile, et on la pose au même moment. Compte tous les 20 000 à 30 000 km, moins si tu vis en côte, parce que chaque démarrage en pente la fait patiner.
Le variateur lui-même vient ensuite, avec ses galets et sa cloche d’embrayage. Là, il faut un extracteur et un remontage au couple. Ce n’est pas un travail de samedi matin, et je ne l’ai jamais laissé à un apprenti.
La carrosserie joue à l’inverse de ce que tu attends. Ce sont des panneaux plastique thermoformés vissés sur un châssis tubulaire : ils ne rouillent pas, ils se déclipsent, ils se remplacent un par un sans toucher au voisin. En face, un panneau de porte coûte une somme sans rapport avec la valeur de l’auto, et il n’existe pas d’adaptable de grande série pour venir concurrencer la pièce d’origine. Le châssis, lui, rouille comme n’importe quel tube d’acier, en commençant par les points d’ancrage des trains.
Voilà ma réserve sur ces véhicules, et elle est sérieuse : le petit prix du véhicule ne se retrouve jamais dans le prix des pièces. Une facture de 900 € sur une auto qui en vaut 6 000, ça arrive, et plus souvent que sur une citadine du même âge. À ce moment-là, le calcul de la réparation devient très serré, très vite.
Ce que tu peux faire toi-même, au cric et aux chandelles : la vidange, les filtres, les ampoules, les plaquettes. Les gestes sont exactement les mêmes que sur une voiture ordinaire, en plus petit, et la vidange comme les plaquettes avant se font pareil.
Le même chèque sur le marché avec permis
Prends 8 000 € et pose les deux colonnes.
En sans-permis, ça t’achète une 2020 ou 2021 avec 25 000 km, deux places, 45 km/h, ni voie rapide ni autoroute. Avec le permis, le même billet paie une citadine de huit à dix ans affichant 100 000 à 130 000 km, cinq places, et qui prend l’autoroute sans que personne ne se pose la question.
Dit comme ça, il n’y a pas de match. Si la personne qui va conduire peut passer le permis, la sans-permis n’a aucun sens économique : pour le même argent, elle achète dix fois plus de voiture.
Mais si le permis est hors d’atteinte, pour l’âge, pour la vue, pour une décision de justice ou parce qu’on a 14 ans, la comparaison n’a plus d’objet. Le marché n’offre rien d’autre, et il tient ses prix pour cette raison-là.
Reste le lecteur de juin et ses 7 500 € pour sa mère. Ma réponse tient en une phrase : regarde l’année et le compteur avant de regarder le prix. À ce tarif, une 2020 à 20 000 km est une bonne affaire, et une 2014 à 60 000 km est une mauvaise affaire au même chiffre affiché. Le nombre sur le pare-brise ne veut rien dire tant qu’il n’est pas divisé par ce qui reste à rouler.